Voilà presque un an que je prépare l’expérience la plus folle de ces vingt dernières années. Cela fait longtemps que j’ai comme projet de partir à l’étranger pour étudier en échange universitaire, mais jamais je ne me suis figuré que ça se concrétiserait. Pourtant, 25 août 2025, seul avec mes bagages, je me dirige en avion vers Montréal pour effectuer ma troisième année de licence de géographie.

Vue sur la côte Bretonne depuis le hublot de l’avion

Je me réveille ce lundi matin avec quelques heures devant moi pour manger mon petit déjeuner et finaliser la préparation de mes bagages. Je laisse mon regard s’attarder une dernière fois sur ma chambre, la vue par la fenêtre et tout ce qui m’appartient et m’est familier, mets mes chaussures et prends mes sacs pour enfin franchir le pas de la porte d’entrée de l’appartement.

Je crois que je ne réalise pas à ce moment que je m’apprête à laisser tout ce que je connais derrière moi pendant un an. Je crois aussi qu’on ne peut pas s’y préparer, c’est beaucoup trop grand quand on a vécu toute sa vie dans un cocon. Mes bagages dans le coffre, je suis prêt à partir pour Lyon, la première étape du voyage.

Je rentre pour la première fois de ma vie dans un aéroport. Heureusement que j’ai un père qui passe la moitié de son temps à l’étranger pour son travail pour m’y diriger les yeux fermés. Bien que les circonstances en font un moment excitant, l’activité en elle même n’a rien de passionnante. Dans l’ordre : faire la queue, enregistrer mes bagages, dire au revoir à la famille (sans émotions, évidemment), faire la queue, se faire fouiller, trouver un restaurant, faire la queue, manger, attendre, et enfin, pour changer, faire la queue pour rentrer dans l’avion.

Je rencontre une autre étudiante de l’Université de Grenoble, partant elle pour la ville de Québec. On est tous les deux d’accord pour dire qu’on s’apprête à faire quelque chose de délirant en partant un an aussi loin.

La vue est spectaculaire. Le survol de la France se fait sous un grand soleil, me laissant voir les champs agricoles interrompus ça et là par des taches urbaines. Paris est minuscule vu d’en haut. J’ai bien passé deux heures consécutives à regarder par la fenêtre. Quand l’avion passa au-delà de la côte irlandaise, le hublot n’offrait plus qu’une vue sur un océan d’un bleu limpide et immobile, du moins quand les nuages m’autorisaient ce spectacle.

Du reste, le vol va être long : presque neuf heures au total. J’ai pour m’occuper L’arche des Kerguelen de Jean-Paul Kauffmann, un journaliste contant son expédition aux terres australes françaises. Je finis par regarder The Watchers, un film à l’histoire inspirée par le folklore celte. A côté de moi sont assis deux Canadiens rentrant d’un séjour sur la Côte d’Azur, avec qui je discute longuement et dont je garde les contacts. A peine quitté la France, j’ai des amis à Toronto, Ottawa et Québec.

Les hôtesses qui servent des repas chauds à l’ensemble des passagers proposent, entre autres, un plat de pâtes aux légumes végétariens et du vin rouge. C’est évidemment le choix que je fais. Le pain a le goût du plastique qui l’emballe, et est sûrement aussi caoutchouteux que le siège sur lequel je suis assis.

Je m’approche maintenant de ma destination. Par le hublot, je peux déjà voir le fleuve Saint-Laurent et les champs caractéristiques du paysage canadien. Alors que l’avion s’apprête à atterrir, le bébé qui pleure depuis le début du vol décide de monter de quelques décibels le volume sonore qui sort de sa bouche.

Enfin, l’avion atterrit. Je dégourdis mes articulations criantes après tant de temps passé sans bouger. Une navette vient nous chercher à la sortie de l’avion. Je suis sur le sol canadien. Ne reste plus que des détails administratifs à régler avant de pouvoir me diriger vers ma nouvelle maison.

Je quitte l’aéroport épuisé par le voyage, le poids de mes bagages et les six heures de décalage horaire. J’achète mon billet de bus et me dirige vers la rampe avant de regarder en arrière et de prendre la dernière photo de ce long trajet.

L’aéroport Elliot Trudeau de Montréal depuis l’arrêt de la navette