Country road, take me far from home

C’est évident que ma priorité à Montréal, ca n’allait pas être mon parcours académique. Je dirais même que l’université était mon passeport pour aller à l’étranger. Pas très honnête vous me direz. Quand je suis arrivé sur place et que j’ai réalisé le temps et l’énergie qu’allait me prendre la fac, j’ai pris la décision de sacrifier un cours magistral pour passer un peu plus de temps dehors. Quitte à travailler, autant le faire dans le cadre le plus agréable. Alors j’ai abandonné un cours pour en prendre un autre, et me voila à 8h un lundi matin à attendre le départ pour une sortie de quatre jours en nature.

Je réalise doucement qu’on n’attend pas un bus, mais les voitures de location que les étudiants du groupe vont conduire pour nous emmener à destination. Certains ont même la leur. Oui oui, on se débrouille, c’est comme ça ici. Je monte dans la voiture de Rémi, et on s’en va pour la Mauricie !

Évidemment que je tombe dans une voiture de Québécois. Ça veut dire ce que ça veut dire : je suis le seul touriste, et on se fout bien de ma gueule. Je prends tout en photo et je me justifie en disant que c’est pour le blog. C’est à moitié vrai. Je veux dire, regardez donc le charme inégalable des aires d’autoroute…

Lorsqu’on ne voit pas de champs à perte de vue, ce sont de magnifiques forêts automnales qui bordent les routes. L’automne bat son plein et les couleurs sont flamboyantes. Aucune de ces photos et vidéos ne rendent justice au paysage rural du Québec.

Hors des villes, on ressent pleinement l’influence américaine sur les modes de vie et les paysages : les grandes maisons colorées en bois, les longues et larges routes droites, les pickups… mon dieu les pickups.

On arrive enfin à notre destination : le Parc Naturel de la Mauricie. Situé dans le bouclier canadien, au nord des basses terres du Saint Laurent, les paysages sont vallonnés et lacustres. Le contraste entre le bleu du ciel et la palette de couleurs de la forêt est le plus beau que j’ai vu. Le ciel est dégagé et le soleil réchauffe les cœurs, et les corps. Je suis habillé bien trop chaud pour la météo. Mais mon petit doigt m’a dit que ca ne durerait pas.

Le temps devient long. Le groupe entier est censé se retrouver ici pour le repas, mais ça fait plus d’une heure qu’on attend. Qu’est-ce qu’on découvre au moment où on arrive ? Ils se sont trompés de chemin, ont cru que c’est nous qui étions en retard, et se sont baignés dans un lac en passant nous attendre. Nan mais je rêve. La prochaine fois je me tromperai volontairement si c’est comme ca.

Parc National de la Mauricie

Ressaisissons nous. L’objectif de la journée, c’est la visite d’une tourbière. Passionnant dit comme ca. C’est la passion et le sujet de recherche de Nicole, notre professeure à droite de la photo. L’objectif de cette sortie de quatre jours sur le terrain est de nous introduire aux méthodes de la recherche en géographie physique. On va donc essentiellement passer notre temps dehors à toucher des plantes et des cailloux, sans se prendre le chou.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est beau, une tourbière. Comme ça, ça ressemble à un lac. Mais le parterre qu’on voit au premier plan, ce n’est pas de la terre. C’est une couche de plusieurs mètres de plantes non décomposées accumulées sur plusieurs milliers d’années. Passionnant, n’est-ce pas. Un faux pas et on passe à travers.

On quitte le ponton en bois pour commencer le carottage. On plante une longue tige en métal dans le sol jusqu’à toucher le fond. Normalement, il faut le faire des centaines de fois pour étudier une tourbière. Heureusement, l’objectif du cours est juste d’observer, rigoler et prendre des notes. On frôle l’ambiance de colonie de vacances.

Je tiens dans ma main un bout de tourbe. Est-ce qu’il y a vraiment plus à dire ? C’est juste de la tourbe. A droite, c’est une plante carnivore. Il y en a de partout. Elles mangent des insectes pour avoir tous les minéraux dont elle a besoin. A défaut d’écouter ce que racontent les profs, on touche tous les trucs bizarres et colorés qu’on trouve. C’est ça être étudiant en géographie.

Des paysages qui en valent mille

Le soleil se couche et il est temps de reprendre nos chars. Avant de se diriger vers l’auberge, on nous propose d’aller voir une vue depuis un belvédère situé à quelques minutes seulement. Certains préfèrent prendre ce temps pour aller se baigner, mais la vue qu’on s’apprête à voir vaut cent fois plus qu’une pauvre baignade.

On arrive pile en retard à l’auberge. Il faut savoir qu’ici, on mange le souper (ici le dîner c’est le repas du midi) à 17h30. Je dois dire que ça ne me gêne pas : j’ai faim ! En plus, j’ai préparé deux kilos de haricots rouges à l’occasion, de quoi durer huit repas ! Les Québécois ne sont pas réputés pour leur régime végétal, j’ai dû prendre les choses en main.

L’auberge du lac en coeur

Je décide de me lever et de me préparer tôt pour découvrir les environs de l’auberge du lac en coeur, et vérifier si le lac a vraiment une forme de coeur. Il doit faire moins de cinq degrés quelques dizaines de minutes après le lever du soleil.

Je découvre des maisons blanches aux toits rouges, couleurs typiques des érablières. Le sol est recouvert de feuilles fraîchement tombées et légèrement luisantes sous la rosée. Je descends vers le lac où je découvre une eau calme reflétant tel un miroir la forêt au-delà.

Un pont en bois mène de l’autre côté, là où le lac d’amincit. Je l’emprunte et y retrouve un ami, avec qui je décide de marcher sous le bois. Je découvre que le lac n’a pas la forme d’un coeur, ce qui ne m’a absolument pas déçu. Quelle importance que le lac ait la forme d’un coeur ? Il est très beau, même difforme.

Le soleil continue à monter dans le ciel et je retrouve des membres du groupe sur le ponton. Eux aussi profitent de la fraicheur et du calme matinal au bord du lac.

L’heure de la première activité de la journée approche. Je jette un dernier coup d’œil sur le lac avant de remonter à l’auberge pour retrouver l’ensemble du groupe.

Capitale country

Après le dîner (rappelez-vous, c’est comme ça qu’on appelle le repas du midi), nous nous dirigeons tous vers Saint-Tite. A priori, c’est juste une petite ville rurale somme toute fort charmante malgré le temps de merde. Il s’avère que c’est là que se déroule le plus grand festival country au monde. Oui oui, au monde. Chaque année, plus de 700 000 personnes viennent des quatre coins du continent et d’au delà pour y assister.

En ce moment, par contre, c’est calme. Les seuls indices qui nous indiquent qu’on est à Saint-Tite sont la statue de Cowboy devant l’Église, les panneaux à l’entrée de la ville et les bars westerns qui bordent les rues.

Bien entendu, ce n’est pas pour ça qu’on est là. On affronte la pluie pour venir rencontrer les élus de la MRC de Mékinac. Je vous passe les détails… Ils consistent en des questions administratives de gestion du territoire qui, bien qu’intéressantes pour un étudiant de géo, endormiraient n’importe qui. Notons la présence d’une chaise colorée au milieu de la pièce.

Relax ! Le blog se termine là-dessus, mais la deuxième partie arrive très bientôt. Avec un peu de chance, il ne sera même pas nécessaire d’attendre plus de 24 heures. Je finis cet article avec un teaser pour la partie deux. A tantôt !